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Des fruits et légumes contre une carte de séjour…

Donnons une situation pérenne aux Demandeurs d’asile qui participeront à nos récoltes !

Pendant que la Belgique et la France envoient les Migrants aux champs, le Portugal les régularise pour les protéger du Coronavirus… Durant cette période exceptionnelle, les droits des Demandeurs d’asile (santé, emploi, …) vont être garantis. À l’instar de ce pays, protégeons et montrons-nous solidaires envers toutes les Personnes qui vivent sur notre territoire.

Dans cette crise sanitaire sans précédent, le Kern a décidé de nouvelles mesures socioéconomiques dont une a retenu davantage notre attention : l’accès des Demandeurs d’asile au marché du travail, à condition que ceux-ci aient bien introduit leur demande auprès du CGRA (Commissariat général aux Réfugiés et aux Apatrides).
Ils auront l’opportunité de travailler pendant la durée de la procédure, y compris pendant la durée de l’éventuel Recours devant le Conseil du Contentieux des Étrangers.
‘L’objectif est de pallier le manque de main-d’œuvre, notamment au niveau des travailleurs saisonniers’ souligne, entre autres, le patron de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique).

En effet, chaque année, 56.000 saisonniers viennent de l’Europe de l’Est (Pologne, Roumanie, Bulgarie, …), pour la plupart, afin de récolter nos fruits, … Mais la fermeture des frontières a changé la donne. La pénurie de saisonniers deviendra une réalité dans l’horticulture et les agriculteurs manqueront rapidement de bras, car la main-d’œuvre bon marché des Étrangers représente 90 % des travailleurs dans ce secteur.

Les mesures de confinement n’ont pas d’effet sur la nature et les champs ne sont pas en pause. Les asperges, les fraises arrivent; les poires, les pommes suivront et devront, in fine, venir garnir les étalages de nos grandes surfaces.

Les centres régionaux d’intégration et le SeTIS wallon en appellent à une régularisation des migrants invités à épauler notre horticulture en panne de main-d’œuvre

À situation exceptionnelle, problématiques exceptionnelles. On pourrait croire cette affirmation, mais, derrière des situations de crise sans précédent, apparaît parfois un problème de fond qui ne leur doit rien. C’est le cas de la pénurie de main-d’œuvre saisonnière chargée de la récolte des fruits et légumes dans les exploitations belges qui les cultivent. En plein cœur de la pandémie de coronavirus qui n’en semble, hélas, pas encore arrivée à son épilogue, loin s’en faut, les huit centres régionaux d’intégration de La Wallonie, auxquels s’est joint le SeTIS wallon, service d’interprétariat en milieu social, ont pris l’initiative de rédiger une carte blanche sur la question.

Selon les chiffres généralement admis, elles et ils sont environ 56.000 saisonniers étrangers, soit approximativement 90% des travailleurs du secteur, venant principalement d’Europe de l’Est (Pologne, Roumanie, Bulgarie, etc.) pour récolter les fruits et légumes issus de notre agriculture. On songe bien évidemment aux fleurons reconnus comme les fraises de Wépion, mais le phénomène concerne de nombreuses productions comme les asperges, les pommes, les poires et bien d‘autres qui suivent les circuits locaux et de grande distribution pour aboutir dans nos assiettes.

Des « régularisables temporaires »

Crise du covid-19 oblige, le système présidant à l’organisation de la récolte de tous ces produits de la terre a été profondément chamboulé, dans le même temps où la nature, elle, poursuivait son cycle immuable ancré dans la succession des saisons. Face à la pandémie et au drame sanitaire inédit que celle-ci a engendré, le kern, c’est-à-dire le Conseil des ministres restreint composé de la Première ministre et de ses vice-Premiers ministres, a adopté des mesures socioéconomiques parmi lesquelles l’une a trait à la thématique des saisonniers. En l’occurrence, cette mesure ouvre aux demandeurs d’asile l’accès au marché du travail, à condition qu’ils aient introduit leur demande d’asile devant le CRGA, le Commissariat général aux Réfugiés et aux Apatrides.

À travers ce revirement, le gouvernement offre à ces migrants l’opportunité de travailler pendant la durée de la procédure qu’ils auront ouverte, y compris au cours de la période couvrant, si c’est le cas, leur recours devant le Conseil du Contentieux des Étrangers. Il faut être lucide, cette décision répond davantage à un impératif économique qu’à une considération humanitaire indépendante de la crise sanitaire. Très concrètement, elle s’inscrit dans l’urgence provoquée par la fermeture des frontières consécutive à la pandémie, fermeture qui empêche, jusqu’à nouvel ordre, le retour sur notre territoire des saisonniers qui y déferlent, chaque année, pour procéder aux récoltes. Bloqués dans leur pays d’origine, ces travailleurs ne peuvent apporter leurs bras à notre horticulture et c’est uniquement la perspective de ce manque que le kern tente ainsi de pallier.

Derrière cette mesure en apparence bienveillante qui ne relève que du pragmatisme économique, se cache donc, au bout du compte, pas mal de cynisme économique. La plus aiguë des considérations est la volte-face qui fait des demandeurs d’asile des travailleurs devenus soudains fréquentables et, pire même, des sortes de « régularisables temporaires ».

Pour un retour à un État social

En s’inspirant de l’histoire, et notamment du jeu de dupes qui, en 1946, a vu l’État belge échanger de la main-d’œuvre italienne destinée à nos mines contre… des sacs de charbon, les signataires de la carte blanche posent la question de savoir si nos décideurs n’ont pas, au final, inventé la citoyenneté intérimaire. Autrement dit, ils tiennent à attirer l’attention sur cette brusque tolérance dictée par la situation et à mettre la pression sur nos dirigeants politiques pour qu’ils envisagent de régulariser définitivement ces travailleurs au destin plus que précaire, une fois les récoltes terminées. Pourquoi ? Pour leur soutien à l’effort collectif et à l’intérêt public, tout simplement.

Dans leur appel, les Centres régionaux et le SeTIS wallon soulignent combien les sans-papiers, comme les SDF, sont abandonnés à leur sort, plaidant pour un retour à un État social, porté par des valeurs de solidarité et d’égalité. Et de rappeler que, pendant que la Belgique, comme la France, envoient les migrants aux champs, le Portugal les régularise pour les protéger du coronavirus. Une tout autre vision et une leçon à méditer…

Dominique Watrin

Texte complet de la carte blanche :

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