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Le premier accueil à Charleroi

L’accueil des primo-arrivants à l’administration communale de Charleroi vu par Delphine Charlot du Service de Médiation Interculturelle et Sociale de Charleroi (PCS).  Voici son interview réalisée pour ID (février 2013).

Quelle est votre fonction au sein du service ?

Je suis responsable du service de Médiation Interculturelle et Sociale à la Ville de Charleroi depuis septembre 2012.

Quelles sont les missions de ce service ?

Le service, subsidié dans le cadre du Plan de Cohésion Sociale (PCS), est chargé actuellement de mettre en place des actions au sein de la Ville relatives à l’accueil et l’intégration des étrangers, et plus largement en termes d’immigration. Son appellation vient du fait qu’il y a plusieurs années ses activités étaient, principalement, centrées sur la médiation interculturelle, à cela s’ajoutaient aussi des activités en termes de Français Langue Etrangère, formations au cours de permis théorique,…

Aujourd’hui, le service souhaite se recentrer sur les besoins auxquels une commune comme Charleroi peut répondre en tant qu’acteur institutionnel local. En fait, il s’agit de créer en priorité un « véritable » accueil communal de l’étranger et aussi développer un système adéquat d’informations pour ces personnes. Il est aussi intéressant de maintenir cette activité de médiation interculturelle mais tout en la redéveloppant, en tant que véritable facilitateur de communication entre les étrangers et les services de la Ville. Il est également important, au sein de la Ville, de pouvoir aborder la question de l’immigration de manière transversale. La particularité du service est d’être un service public communal qui doit à la fois maintenir l’esprit social du PCS.

Quel est votre rôle dans le parcours d’intégration ?

Il était important pour le service de prendre part au parcours d’intégration dans sa phase pilote en collaboration étroite, évidemment, avec le Service des étrangers de la Ville qui est, finalement, le service administratif amené à gérer les titres de séjour et constitue donc le service Ville de 1ère ligne. Le décret wallon prévoit que les communes informent les étrangers sur l’existence du parcours et les orientent vers le bureau local d’accueil (en l’occurrence le CRIC). Étant donné le manque de moyens, en termes de temps et de personnel, au Service des étrangers, nous avons décidé que le service de Médiation Interculturelle et Sociale pouvait réaliser ce que le décret exige des communes. Concrètement, en collaboration avec le Service des étrangers, au moment où l’étranger se présente à Marcinelle pour se voir délivrer son titre de séjour et qu’il rentre dans les critères du primo-arrivant au sens du décret wallon, il est reçu de manière individuelle par un agent du Service de Médiation Interculturelle et Sociale. Cet agent réalise un entretien personnel d’une durée approximative de 15 minutes et au cours duquel il informe l’étranger de manière complète sur le parcours d’intégration et sur le fait qu’il sera amené à se rendre au bureau local d’accueil.

Notre objectif est de créer de bonnes conditions pour que le primo-arrivant démarre le parcours en étant correctement informé et dans l’intention qu’il le poursuive dans sa globalité.

Comment se déroule ce premier entretien ?

On souhaite d’abord la bienvenue, de manière officielle, à Charleroi. Les personnes sont souvent étonnées car elles n’ont pas l’habitude de cet accueil. On constate qu’elles sont plus à l’aise. On essaye de sortir du contexte habituel de relation d’obligation vis-à-vis de l’administration.

On reçoit la personne de manière individuelle et sur rendez-vous, ce qui n’est pas habituel au Service des étrangers. Cette étape marque déjà un changement au sein de l’accueil communal. Pour le moment, cet accueil personnalisé est réalisé dans les locaux du Service des étrangers. à terme, nous occuperons un local propre. Nous avons la volonté de différencier territorialement les étapes, étant donné que souvent le primo-arrivant est d’abord préoccupé par sa démarche administrative et ne voit le Service des étrangers que comme un passage obligatoire lié à ces démarches administratives.

Vous dites vraiment « bienvenue » ? Est-ce que cette forme de convivialité est importante pour vous ?

Oui, on a pris le parti de le dire dès le début. Il n’y a que des réactions positives, les personnes sont tout à fait contentes ! Ça peut paraître un peu simple, mais c’est aussi une façon de marquer l’accueil. On est au-delà du contexte administratif. Ça met les personnes dans un conditionnement positif pour le reste de l’entretien. Est-ce que cela a un impact sur le fait qu’ils poursuivent d’eux-mêmes le bilan social ? Je n’ai pas de données précises mais je pense que oui.

Nous sommes le premier acteur institutionnel que l’étranger est obligé de rencontrer, c’est incontournable : on reflète en quelque sorte l’image du territoire sur lequel il sera amené à vivre au quotidien. Je pense que c’est très important et que ça détermine beaucoup de choses.

À partir de l’expérimentation menée en collaboration avec le CRIC pour le premier accueil des primo arrivants, quels sont vos constats sur l’attente du public ? Comment ce public primo-arrivant accueille-t-il ce nouveau dispositif ?

On peut remarquer que presque 1 étranger sur 2 se rend effectivement au CRIC pour réaliser son bilan social alors que pour le moment ce n’est pas obligatoire dans la phase expérimentale. Le fait d’informer de manière complète l’étranger est bénéfique. Il faut savoir que sur place, nous informons l’étranger de son devoir d’effectuer un bilan social mais nous ne téléphonons pas à sa place pour prendre rendez-vous, donc c’est vraiment lui qui devient acteur de sa démarche d’intégration et c’est ça qui est intéressant finalement. Il existe véritablement une volonté des personnes de s’inscrire dans ce parcours. Les étrangers se montrent, au cours de l’entretien, généralement intéressés par ce parcours et expriment des besoins sur le terrain, qu’il y a un manque en termes d’informations et d’aide par rapport à l’intégration au quotidien sur le territoire local.

On remarque cependant que par rapport à la définition de « primo-arrivant » au sens du décret, on ne répond pas forcement à l’attente de l’ensemble du public qui est actuellement présent sur le territoire de la Ville, par exemple les réfugiés politiques. C’est sans doute le point le plus difficile pour la mise au point de la phase pilote.

Comment l’administration communale peut-elle gérer son double rôle d’accueil et de garant du respect de l’obligation dans le cadre du parcours d’intégration ?

La Ville a été désignée dans le décret pour mettre en œuvre les amendes administratives liées à la phase obligatoire du parcours, mais nous n’allons pas nous limiter à ce rôle de « sanctionnateur ». Il y a la volonté de concentrer nos moyens pour cette phase d’accueil personnalisé et on a remarqué sur le terrain qu’à partir du moment où l’information est donnée à l’étranger de manière complète, qu’on prend le temps, lors d’un entretien, d’expliquer les choses aux personnes, on remarque qu’elles ne se focalisent pas sur le caractère obligatoire des démarches. L’important est que les personnes comprennent qu’elles restent acteurs de ce parcours et qu’elles ont un réel intérêt à s’insérer dans ce ‘parcours’ qui leur est proposé.

En savoir plus sur le parcours d’intégration? lire l’article paru dans ID ici!

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